Césarienne, une belle histoire?

Voilà plusieurs années que je souhaite créer ce blog pour vous partager différents coups de coeur mais je ne me suis jamais demandé quel serait le premier article que je publierais.

Après avoir lu un article sur la césarienne du blog Banana pancakes, et vu le vécu que j’ai eu de ma césarienne, je me suis que ça pourrait être le sujet de ce premier post, en pensant aux femmes qui ont mal vécu la leur.

Dans le milieu de la « naissance naturelle », je ressens une certaine compétitivité au meilleur accouchement, le top du top étant en pleine nature avec orgasme à la clé, puis commence le décompte, la mauvaise élève étant la femme qui a demandé à programmer sa césarienne (évidemment, ça ne reflète pas du tout ce que je pense mais c’est un genre de discours que j’ai déjà entendu). Par chance, souvent la femme qui a fait programmer sa césarienne se contre fiche de ce que pensent celles en faveur de l’accouchement physiologique, mais qu’en est-il de celles qui souhaitaient un accouchement à la maison et qui ont eu une césarienne par exemple?

Etant donné que c’est quand même à partir de la naissance de Pitchou que j’ai pu mettre en pratique ce que j’ai glané sur l’accompagnement de l’enfant, je vais donc entreprendre de vous raconter sa « naissance par le ventre »… Armez vous de courage, ce premier article sera long!

GESTATION

Je m’intéressais depuis plusieurs années à la naissance respectée et au processus physiologique de l’accouchement -en ayant notamment initié une formation de doula – lorsque j’ai débuté de manière inattendue la gestation de Pitchou (différents facteurs rendaient peu probables les possibilités d’une grossesse).

C’est là que j’ai constaté que pour mon compagnon, l’accouchement était une formalité: il n’aurait pas été surpris de voir notre enfant débarquer seul chez nous en taxi, sa valise sous le bras, nous saluant d’un joyeux « bonjour maman bonjour papa! ».

J’ai donc passé les 7 mois et demi qui nous séparaient de la naissance pour essayer de lui transmettre une vision un peu plus globale de l’accouchement, à force d’articles et de vidéos –Michel Odent, Max Ploquin (notamment une femme qui accouche en riant sans péridurale), Ina May Gaskin, Frédéric Leboyer, Catherine Dolto, …

Un mois avant la naissance, j’ai soudainement eu l’impression qu’un déclic se faisait – au point qu’il en venait à me souhaiter d’accoucher spontanément dans les wc tant il avait assimilé qu’il s’agissait d’un processus naturel comme la détente des sphincters – et c’est alors que nous avons reçu ce jour-là un appel de ma belle-mère de Santiago: ma belle-soeur de 41 ans faisait une decompensation cardiaque subite suite à son diabète mal géré. Mon conjoint a donc voyagé le soir même mais ma belle-soeur est décédée dans la nuit.

On dit souvent « un décès pour une naissance » mais là, ç’a été d’une telle violence et brutalité qu’il a été très difficile de le surmonter (j’avais eu ma belle-soeur au téléphone 3 jours avant et elle allait très bien). Tout ça pour dire que tout ce qui avait été acquis sur la détente des sphincters est passé au second plan et que j’ai vécu le dernier mois de ma grossesse dans une grande douleur émotionnelle.

J’avais de plus été extrêmement angoissée pendant toute la gestation -non programmée, je le rappelle- car je ne me sentais pas prête à accompagner un être humain, et d’autant moins avec les difficultés de couple que je traversais, mon conjoint étant plongé dans une dépression avant même le décès de sa soeur. Et je n’avais pas d’amis où je vivais.

Ajoutez à cela que la sage-femme qui faisait mon suivi ne serait pas là à la naissance, et même si la maternité était réputée pour favoriser la naissance sans intervention médicale non nécessaire, je n’avais aucun climat de confiance autour de moi lorsque je suis arrivée en pleine nuit à la maternité, avec 5cm de dilatation. Idéalement j’aurais voulu tenter l’accouchement à domicile mais entre le fait de vivre en zone rurale, l’isolement social et mon conjoint pas des plus convaincus, j’ai abandonné l’idée.

À LA MATERNITÉ

J’ai eu tous les facteurs favorisant le déroulement physiologique d’un accouchement: lumière tamisée, mouvement libre, massage dans le dos, mini baignoire, ballon puis le passage en salle de naissance 3 heures plus tard.

Salle de naissance carrelée en bleu glacial, tout le matériel médical à porter de vue (quoi de mieux pour soulager une contraction que d’avoir le nez sur des pinces métalliques), la sage femme me dit de pousser avant de retourner sur son ordi pendant que mon conjoint et moi-même ramassons mes selles, la sage-femme me dit « arrêtez de penser et votre bébé naîtra » donc je déambule en répétant comme un mantra « arrête de penser, arrête de penser » … voilà de quoi être détendue…

Arrive le gynécologue, je suis sur une chaise en bois, mon dos appuyé sur le torse de mon conjoint qui me rappelle  » concentre toi pour te souvenir de tout ce qu’on a lu pour que tu puisses te détendre ». Je lui dis délicatement « chut stp » (en mon fort intérieur je lui mets mon poing dans la figure! Il a oublié qu’il fallait éviter de stimuler la partie rationnelle du cerveau qui empêche de se détendre), entre 2 poussées je m’inquiète du prénom de la sage-femme, je m’excuse auprès du gynécologue de l’avoir réveillé en pleine nuit (ce qui était ma crainte tout au long de la gestation) (culpabilité quand tu nous tiens). Je reçois l’ordre de pousser beaucoup plus fort et de crier, je m’exécute à contre-coeur, consciente que les mamans qui viennent d’accoucher sont dans les chambres voisines et je m’en veux de les empêcher de dormir (je vous ai parlé de ma culpabilité?).

Je perçois les regards que s’échangent la sage-femme et le gynécologue et je m’entends dire « il ne se passe rien, il ne descend pas, s’il faut m’emmener faites-le, l’important c’est d’avoir essayé » et je pense à l’expression « césarienne de confort ».

« L’important c’est d’avoir essayé?! » Tu parles! Au moment où j’ai prononcé cette phrase, je me suis effondrée intérieurement: j’avais perdu la bataille, tous ces mois de préparation pour rien, laissez moi pleurer dans mon coin – de toute façon ça fait déjà une heure que je pleure tant je suis épuisée.

L’arrivée au bloc marque tout de même un soulagement: l’anesthésie. Puis de là, on m’installe face à ma défaite, je tente tout de même un  » est-ce que je peux voir? » « Oui oui, après, » me répond-on. Je veux voir la naissance de mon fils, je veux le voir sortir de mon ventre plutôt que de regarder le plafond. J’entends entre 2 phrases sur les vacances « éteignez » (dans cette maternité, on éteint la lumière forte pour ne pas effrayer le nouveau né), puis j’entends un bruit, je dis à mon conjoint de ne pas regarder de peur que ça le choque puis on m’annonce que l’enfant est né, on me le pose sur la poitrine pour qu’il prenne le sein, je m’endors. J’ai même raté le moment de sa naissance, on ne m’a rien laissé voir, fichez moi la paix. La sage-femme me réveille: « il tète! », je regarde d’un oeil dans cette salle froide, des perfusions dans les bras. On l’emmène, le père part aussi. Un membre du bloc opératoire me fait la conversation pendant que le gynécologue me recoud. Le sempiternel « d’où êtes vous? Combien de temps au Chili? C’est quoi votre boulot? ». Je m’endors dès que je peux. Salle de réveil, plafond… je me dis  » alors c’est ça être maman? ». Je ne ressens RIEN. J’entends l’infirmière parler de moi disant « esta Z » (façon de dire que je suis naze), j’en profite donc pour me rendormir.

Retour en chambre. L’enfant dort dans son pyjama. Les visites arrivent, je dois allaiter et ne sais pas comment faire, je sais à peine bouger.

LA SUITE

S’ensuivent des semaines douloureuses, clouée au lit, je sais à peine m’occuper de l’enfant, je souffre énormément avec l’allaitement, je ne suis qu’angoisses, je culpabilise de pas me sentir heureuse, je bat les records lors du test de la prévention de la dépression post partum mais la sage-femme oublie mon questionnaire et je ne serai pas prise en charge, une amie parle de moi à sa sage-femme belge, on fait un Skype. « Regarde ton bébé. Dis lui que tu l’aimes ». Les mots sont coincés dans ma gorge. Elle me propose de revivre l’accouchement pour en soigner le traumatisme mais mon conjoint tourne ça en dérision.

Malgré tout, je m’accroche avec l’allaitement, le peau à peau, le cododo, le portage, … tous ces langages qui disent plus que mes mots, pour que cet enfant comprenne que je veux le meilleur pour lui et que je m’efforce de toute mon âme et de tout mon coeur. Car malgré toutes mes angoisses et mes peurs, son arrivée dans ma vie fait place à quelque chose de nouveau: la confiance. Et depuis le jour où j’ai su qu’il était en moi, malgré des débuts terriblement douloureux émotionnellement, la confiance prend le pas sur la peur, chaque jour un peu plus. Au point de me donner enfin une sensation d’ancrage. De me donner cette force pour défendre ce qui me tient à coeur. Et enfin de cesser de culpabiliser -ou presque!

J’ai mis 3 ans à assimiler cette césarienne. Je suis convaincue que les facteurs émotionnels ont compliqué la naissance par voie basse. Mais au final, je me dis qu’avant tout, chaque naissance est une histoire qui est une opportunité pour grandir. Mais comme le signale bien l’association Cesarine, ce n’est pas parce que le bébé et la maman vont bien que tout va bien.

Donc si vous vous sentez en difficulté par rapport au vécu de votre césarienne, ou si vous voulez en savoir plus sur les césariennes en général, n’hésitez pas à vous rendre sur leur site internet et à demander de l’aide.

Ps: Au moment de publier cet article, je tombe sur un post on ne peut plus clair: « Pleurer sa césarienne« … tout y est dit…

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